La création de Kyklos
Kyklos est né d’une rencontre, voici quelques années, d’abord sur FB puis IRL à la convention SF de Bordeaux-Gradignan de 2016. À la suite de celle-ci, Franck Selsis a bien voulu plonger dans « Les gueules des vers » pour les préfacer en ayant trouvé cette histoire dotée d’« un merveilleux vertige, celui de vivre une situation extraordinaire, impensable, aberrante, mais… plausible » comme il l’indique dans la préface du roman.
C’est ainsi que deux ans plus tard, alors que nous nous retrouvions à la convention d’Amiens de 2018, il me proposa d’écrire une histoire sur une planète qu’il imaginait assez proche de la Terre et pourtant très différente. Son envie était que cette planète soit découverte, plutôt fortuitement, et que les explorateurs humains constatent que, sur les deux hémisphères, la vie a évolué différemment, que des civilisations (existantes ou disparues, mais elles aussi différentes) y aient pris naissance…
Tout ce qu’il fallait pour m’intéresser bien évidemment.
Malheureusement, pris par mes activités professionnelles et familiales, autant que par deux romans en cours d’écriture, j’ai dû repousser le moment de m’y plonger. Lorsqu’enfin une fenêtre s’est ouverte, quelques années avaient passé, mais l’envie était toujours là.
Recontactant Franck, je lui ai « simplement » demandé de créer cette planète pour disposer du maximum de détails – ce qui allait évidemment dans le sens de ce qu’il avait écrit dans la préface des Gueules des Vers puisqu’il y disait « JC a bien compris que plus un récit est vraisemblable, plus l’univers qu’il décrit est cohérent, plus les mystères qui s’y révèleront seront grisants » – , une demande complétée très rapidement d'une seconde : celle qui accepte de présenter ce monde en termes d'initiation scientifique pour les lecteurs. C’est ainsi que pendant plusieurs mois (16 pour être précis) nous avons travaillé à bâtir cette planète avec le plus maximum de détails possibles et plausibles…
Ces détails couvraient tout, depuis son histoire et ses caractéristiques planétaires jusqu’aux éléments clés de son climat en tout lieu et toute date de son année (équivalente à deux années terrestres), depuis la carte de ses continents, altitudes comprises, jusqu’à sa toponymie, depuis sa flore et sa faune, jusqu’aux particularités de ses saisons, de ses banquises, etc. au point que le dossier de description de cette planète comportait, lorsqu’il fut clos : une vingtaine de fichiers animés relatifs au continent Australia et à l’évolution de la banquise planétaire, 48 graphiques climatiques sur une année kyklosienne, une vingtaine de données annuelles comparatives entre Terre et Kyklos, des animations climatiques, des fichiers PowerPoint de présentation puisqu’il y eut des échanges en visioconférence avec d’autres scientifiques et auteurs [voir la section des vidéos et illustrations de l’univers], une quarantaine de cartes topographiques, une présentation du système kyklosien comparé à celui du système solaire, des représentations 3D…
Au total, il existe plus de 400 fichiers visuels ou textuels de description et présentation. Et ce n’est que lorsque le dernier a été réalisé, lorsque nous avons enfin pu connaître réellement la planète qu’il m’a été possible d’écrire l’histoire de ce monde, de parler de sa découverte et de le parcourir, tant avec les humains qu'avec ses habitants.
Nous étions alors fin 2020 et Kyklos naquit réellement alors que je finissais d’écrire le calendrier précis de l’histoire et des 897 jours de présence du vaisseau Marmaréen dans ce système, chapitre par chapitre.
Création des noms de lieux et toponymie de Kyklos
La planète ayant la particularité d’être ceinturée par une imposante banquise, son nom s’est imposé très vite et de lui-même, avec Kyklos (κύκλος) qui désigne un cercle, un tour, un rond et, de manière générique, tout élément rond, tel que la roue.
Pour le reste, le vocabulaire des langues anciennes ou non, les noms issus de légendes de toutes origines, etc. ont servi à baptiser les lieux particuliers de la planète ainsi que son système stellaire.
Ainsi le soleil fut appelé « bông hoa » ou « bóng hoa », mot vietnamien désignant la fleur du coton (la boule de fleur blanche) et utilisé par exemple dans l’expression « cây hoa bông » (cây indiquant un arbre) et évoquant, de manière plus générale, une fleur.
Les deux satellites de Kyklos étant des lunes de petites tailles et biscornues furent appelées Pravus I et Pravus II, c'est à dire « tordu » en latin.
La deuxième planète du système, à cause d'une imposante tache donnant l'impression qu'elle possédait un œil gigantesque, fut baptisée Stéropès, en référence au cyclope qui forgea les armes de ses frères ouraniens, ainsi que le foudre (et non la foudre) de Zeus.
Les îles ont été, elles, plus amusantes à nommer.
Ainsi Avga correspond à la prononciation du mot « auga » (αυγα) qui signifie œuf en grec.
Pour les Dioptres, ce fut par jeu sur une ambiguïté quant à sa signification. En effet, elle désigne des îles « jumelles » en référence aux jumelles d’astronomie (δίοπτρα) utilisées par les astronomes grecs afin de mesurer les positions des étoiles. Alors qu’actuellement, on parle de dioptre et de dioptrie dans la notion de vision.
Drakon (δράκων) désigne les serpents géants de la mythologie grecque, qui ont donné les dragons médiévaux.
Ftino (φτύνω) est le verbe « cracher », issu de πτύω en grec ancien. Les cadets de l’équipage ont imaginé que ces îles pouvaient correspondre à ce qu’aurait craché la bouche (continent Bocca) vers Drakon.
La bande de terre qui forme un "presque-anneau" équatorial sur Kyklos sépare en deux Kyklos avec l'immense banquise qui l'entoure ; elle a été nommée Chroristé, en référence à "choristós" (χωρίζω) qui se prononce khōrĭ́zō et signifie "séparé".
Le sommet le plus élevé de Choristé fut appelé Utgardaloki, du nom du géant maître du château d'Utgard de la mythologie nordique.
Etc. chaque dénomination ayant ainsi ses raisons d'être apparue...
Une particularité importante est celle de l’île-continent « Australia » (celle en forme de « vache ») qui fut baptisée ainsi à la demande de Franck, en référence directe à l’Australie terrestre. Sa toponymie est pour les rivières et lacs issue du monde de la SF, direct hommage à certaines personnes de ce milieu.
Pour info pratique, notez que toutes les cartes et représentations peuvent être agrandies d'un simple clic sur l'image afin de pouvoir lire facilement chaque nom.
Dernier détail que je vous livre dans les toponymes : les deux plus hauts sommets de la chaîne Dachty, que sont Gjalp et Greip, désignent les deux géantes, filles de Geirroed, qui tentèrent de tuer Thor par deux fois, mais finirent écrasées par le dieu lui-même. Ce qui est donc issu de la culture nordique et des légendes anciennes.
Concernant, les saisons et les éléments calendaires, ceux-ci sont issus (soit directement, soit après modification) de la culture innus. Ainsi l'hiver (saison froide) de Kyklos a-t-elle été baptisée Pipounouke par l'équipage et l'été (saison chaude) Nipinouke. (voir le lex
Pour le reste, vous pouvez vous amuser à rechercher l’origine de chacune des désignations utilisées pour ce monde.
La conception des saisons et du calendrier
Les saisons : Pipounouke et Nipinouke
Les saisons ont été définies sur une base duale comme pour les Innus du Nitassinan (« notre terre » dans leur langue) et Algonquins.
En effet, ceux-ci expliquent le changement de saisons par le cycle de deux esprits majeurs qui se partagent le monde et s'y installent à tour de rôle.
-
- Pipounouke (ou Pipounoukhe ou plus simplement Pipin, Pipon ou encore Pipoun) : c'est l'esprit de l'hiver et du froid. Lorsque son temps arrive, il amène le froid, la glace, la neige et les longues nuits polaires.
- Nipinouke (ou Nipinoukhe ou plus simplement Nipin): c'est l'esprit de l'été et de la chaleur. Il prend le relais en faisant fondre les glaces, amenant alors la douceur et faisant revenir le soleil.
Le passage de l'automne à l'hiver et de l'hiver au printemps est un changement de saisons qui s'accompagne de la passation de pouvoir entre ces deux forces de la nature.
Les traditions orales de ces peuples mettent en scène ces deux esprits illustrant l'équilibre et l'alternance perpétuelle des saisons et des forces de la nature.
Notons que chez les Atikemekw du Nitaskinan, Nipin et Pipon sont 2 saisons parmi les 6 que compte leur culture : découvrez un autre lien de présentation de ces 6 saisons ici.
Lire un extrait du guide thématique sur le monde de la mythologie de Lorena Stookey (Greenwood Press, 2004) [attention, le lien s'ouvre dans une nouvelle fenêtre ou un nouvel onglet]
Les mois et la numérotation
En se basant là encore sur les peuples du nord du Canada, avec l'inuktitut (dialecte principal de l'Artique de l'est-canadien) et l'inupiaq, les mois de l'année kyklosienne, au nombre de 18 périodes cycliques ont été simplement numérotés à leur manière.
Ataa étant un, Marluk deux, etc. on arrive à la liste suivante :
1e saison : Ataa - Marluk - Pingasut - Sisamat - Tallimaat - Arfinillit - Armarluk - Arpingasut - Qulingiluat qui termine la saison.
2e saison : Qulit - Aqqanillit - Aqmarluk - Aqpingasut - Aqsisamat - Aqtallimat - Ararvirsanillit - Arvirmarluk - Arvirpingasut qui termine la saison et l'année.
Il faut noter les prononciations et écritures de ces chiffres (dits chiffres de Kaktovik une écriture créée en 1994) traduits en langue française peuvent varier d'une présentation à l'autre.
Ainsi, on trouvera pingasut sous la forme ᐱᖓᓱᑦ (pingasut) avec la prononciation pin-ga-sout. Mais on pourra avoir ᑎᓴᒪᑦ (tisamat au lieu de sisamat) qui se prononce alors ti-sa-mat.
Il faut noter que dans cette langue et pour ces peuples, la base est non pas décimale comme pour nous, mais duodécimale (donc base 20 allant de zéro à 19) organisée par blocs de 5.
Pour une liste d'une trentaine de nombres dans cette langue, vous pouvez visiter le site "Des langues et des nombres", là encore avec des variations d'écriture et donc de prononciation.
Selon les calculs établis par les Hiers, pour Kyklos :
-
- La durée d’une année est de 522 jours locaux,
- La durée d’une journée est de 26 heures 55 minutes,
- Le découpage annuel a été établi à 18 périodes (ou mois) de 29 jours.
-
- Ataa (1) marque le début de la saison froide dans l’hémisphère nord et le début de la saison chaude dans l’hémisphère sud.
- Qulit (10) marque le début de la saison chaude dans l’hémisphère nord et le début de la saison froide dans l’hémisphère sud.
Nota : Franck Selsis a proposé cette terminologie des saisons et mois afin de rester avec les cultures et langues des régions nordiques de notre Terre.
