Malpertuis XII
de
Anthologie dirigée par Thomas Bauduret
Malpertuis Brouillard
Comment réagir lorsque la déveine vous poursuit depuis votre naissance ? La seule survivante d’un massacre pourra-t-elle expliquer quelle créature inhumaine a bien pu semer la mort et la destruction avant de disparaître ? Que faire lorsqu’un étranger vous regarde depuis les profondeurs du miroir ? Et si la pluie ne s’arrêtait plus de tomber ? Qui est venu en premier, de l’homme ou du vampire ?
27 auteurs et autrices s’efforcent de répondre à ces interrogations, et à bien d’autres, chacun(e) à sa façon.
| 1 - Nolwenn PAMART : Un, deux, trois, nous irons au bois 2 - Alain BLONDELON : L'Infortuné 3 - Artikel UNBEKANNT : La Maison-mère 4 - Émilie QUERBALEC : Le Thé de Gloria 5 - Bénédicte COUDIÈRE : Miroir, mon beau miroir 6 - Marie MAILLOT : Poussière 7 - Patrick UGUEN : Nemesis 8 - Manon BERNARD : La Relieuse 9 - Jean-Luc GUARDIA : Oh, Marie, si tu savais... 10 - Héloïse ELOI-HAMMER : Les Assoiffés 11 - Stefan GONZALESKI : Le Concierge 12 - Jérémie VEY : L'Invention des faits 13 - Pascal MALOSSE : Pluie sans fin 14 - Alan DUCOCK : La Geste de Sire Bonnard |
15 - Florence BARRIER : En attendant la pluie 16 - Benoît GIUSEPPIN : S + J = ♥️ 17 - Sylwen NORDEN : Autoroute Nord, sortie 76 18 - Jean-Pierre FAVARD : A l'intérieur 19 - Jeannie C. : Bleu Minuit 20 - Annaëlle RIMEKO : Au-delà des vents 21 - Élodie MESTE : Ces escaliers qui grincent 22 - Louise SBRETANA : Le Bibliothécaire 23 - Thierry FAUQUEMBERGUE : Gestation 24 - François FIEROBE : Les Alambics de chair 25 - Nicolas PAGÈS : Putain de Sylvain 26 - Anthony BOULANGER : Mais au bout du compte, on se rend compte 27 - Guillaume CHOUTEAU : L'Appel du large Bibliographie des auteurs |
Chronique parue dans la revue
O.U.A.T. n° 2 de mai 2022
Comme toutes les anthologies de cette collection, voici un recueil où le bon côtoie le très bon et l’excellent. Vingt-sept autrices et auteurs sont venus semer leurs graines de fantastiques dans cet opus. Ce qui signifie qu’il est impossible de détailler chaque nouvelle sauf à écrire dix pages, ou peu s’en faudrait.
La difficulté est d’autant plus grande que l’éventail fantastique proposé est très large, depuis le presque féerique jusqu’à l’horrifique, en passant par le zarbi, le conte, parfois moral, et le presque amusant – ou du moins prêtant à sourire. L’avantage est que chacun va y dénicher chaussure à son pied ou gâteau à son goût, et donc y trouvera plaisir sans souci. Pour ma part, je ne nommerai que celles que j’ai le plus aimées, parce qu’elles m’ont marqué, tant par leur style et leur forme que par le sujet et la chute de l’histoire.
Attention, je « divulgache » quelques détails de certains récits et les présente dans un joyeux désordre, c’est-à-dire sans suivre la table des nouvelles. Et, bien sûr, tout ceci est forcément très subjectif, chacun aura, certainement, une vision quelque peu différente de ces narrations.
Ainsi, les deux dernières se révèlent-elles être des contes moraux. J’ai un très gros coup de cœur pour « Mais au bout du compte, on se rend compte » d’Anthony Boulanger, dont le titre est extrait de la chanson « Les uns contre les autres » de Michel Berger et Luc Plamondon, qui colle idéalement à ce récit, celui d’un enfant qui voit « Les Autres », petits êtres malfaisants qui envahissent peu à peu sa vie.
Mon deuxième plaisir est marin avec l’histoire de deux femmes, le navire Annabeth et le vent Christina, que tout attire et rapproche, que l’amour unit et le désamour déchire. « Au-delà des vents » d’Annaëlle Rimeko m’a transporté si parfaitement que je vivais les scènes et cette tragédie, au point que je me suis senti emporté et ballotté par les éléments et par ces deux personnages envoûtants et hauts en couleur.

« En attendant la pluie » de Florence Barrier ne pouvait que m’intéresser, puisque le drame se déroule dans le Luberon (sans accent, svp), non loin de chez moi. L’histoire d’une fin du monde étonnante où le héros se retrouve avec quelques rescapés coincés dans une riche villa à guetter l’arrivée d’une pluie acide qui noie et détruit implacablement toute vie sur Terre. Un huis clos d’individualités qui réagissent chacune à sa façon, et souvent avec excès, à cette attente d’une mort inexorable et terrible ; l’autrice m’a arraché un pincement au cœur avec Léo et Cassiopée, mais aussi avec sa chute, pourtant fort simple, mais digne d’un grand film en noir et blanc, ou d’une toile de maître.
« Autoroute Nord, sortie 76 » de Sylwen Norden nous permet de découvrir un au-delà empli de grisaille et de tristesse, un texte dans lequel on se sent presque abattu, défait et qui, malgré cela, nous pousse de l’avant par ses petites étincelles, ses lueurs d’espoir offertes à ce jeune homme paumé, ayant erré sans fin et sans but dans sa vie.
Dans la série histoires poétiques qui jouent au rayon de soleil, je place « Miroir, mon beau miroir » de Bénédicte Coudière, « Le thé de Gloria » d’Émilie Querbalec et « Poussière » de Marie Maillot. Le premier pourrait s’apparenter à la naissance d’un papillon, venue d’une chenille tissant son cocon de couleurs. Le second est une pointe de gentillesse qui nous offre aussi une renaissance, celle d’une famille en perdition grâce à Gloria et son thé si particulier. Le troisième, dans la même veine de transformation, nous permet de découvrir une petite fille « gênée » par un corps plus faible et par un esprit différent de celui des autres ; ce seront des « dessins fantastiques » apparus et reproduits à sa façon qui la libéreront.
Les histoires zarbies sont : « S + J = ❤️ » de Benoît Giusseppin avec ses drôles de « bestioles » (chut, je ne dis pas lesquelles) et un amour improbable, « Bleu Minuit » de Jeannie C. qui brise et fustige les codes du mannequinat anorexique. Cette dernière fait partie des nouvelles teintées d’horreur et de dureté, parmi lesquelles se trouvent les gifles que sont « Némésis » de Patrick Uguen et « À l’intérieur » de Jean-Pierre Favard. Enfin, je terminerai avec « Gestation » de Thierry Fauquembergue, un très bon texte qui nous offre une transposition d’Aliens à la mode médicale.
Oups, j’ai menti. Je vais en ajouter une, car il m’est difficile de ne pas citer le « Putain de Sylvain » de Nicolas Pagès qui fait un énorme clin d’œil à son copain et complice Sylvain Lamur dans ce conte tarnais où se côtoient allègrement humour, país et fantastique, le tout associé à une manifestation inattendue de la nature.
Je vais m’arrêter là, bien que toutes les nouvelles restantes méritent, elles aussi, d’être présentées de par leurs qualités. Mais je ne doute pas que vous les lirez avec le même plaisir et la même avidité que j’ai eus à les découvrir.

