L’un des points clés de l’histoire initiale, telle que proposée par Franck, est le fait que des civilisations commençaient à émerger ou avaient émergé (mais pouvaient s'être éteintes) dans chaque hémisphère.
Je n’avais guère envie de jouer avec une histoire de civilisation disparue comme cela sert d'introduction au « Cycle des Inhibiteurs » d’Alastair Reynolds et plus précisément dans les premiers chapitres du tome 1 : « L’espace de la révélation ».
Il fallait donc, et à minima, deux espèces animales capables de devenir les artisans de leurs propres civilisations émergentes et prometteuses. Deux, ni moins ni plus au final, afin de ne pas partir dans tous les sens. Une par hémisphère. La troisième, afin de ne pas déroger à la « règle de trois », serait... celle des visiteurs humains...
Mais question clé : qu'est-ce qui pouvait ou devait caractériser une civilisation sur Kyklos ?
Sur le principe, une civilisation humaine peut se définir par son « état de développement économique, social et culturel élevé, en parlant d'un peuple ».
Présenté ainsi, il n'y a aucune difficulté à l'appliquer à Kyklos et ses habitants.
Mais, sachant que chaque civilisation humaine a eu un point de départ et un état particulier de ses développements, il devenait indispensable de définir les spécificités de ceux-ci.
M’appuyant sur un certain de référentiels dont, parmi bien d’autres, ceux du « berceau de la civilisation », j’ai donc repris quelques éléments clés.
D'abord le fait que, dans la « préhistoire humaine », il existe certains concepts de référence. En les simplifiant et schématisant, six ont été retenus :
- Le regroupement humain (depuis les hameaux puis villages permanents – et donc fixes – pour les sédentaires ou éphémères – voire mobiles – pour les nomades).
- La fabrication d’outils (depuis les premiers outils en os, en bois et en pierre).
- La fabrication d’objets « utiles ».
- Les arts primaires (dessins, peintures, gravures) ainsi que objets « décoratifs » et bijoux.
- L’agriculture et l’élevage.
- La transmission du savoir par l’oralité d’une génération à une autre ou d'un groupe/clan/peuple à l'autre.
Le passage aux périodes dites historiques s’appuie sur de nouvelles particularités :
- La construction urbaine avec des espaces et lieux « publics » (on passe au concept de cité, depuis le bourg jusqu'à la ville).
- La mise en place d’un système social, généralement accompagné de la notion de classes sociales.
- La naissance de l’écriture.
- La transmission de certains savoirs par cette écriture et non plus par la seule oralité.
On pouvait ajouter bien d’autres aspects. Par exemple, la densité du regroupement, et donc la notions du peuplement, est pour certains considéré comme primordial, pour d’autres elle n'est qu'accessoire ; les exceptions sur ce point telles que dans l’Égypte ancienne ou chez les Mayas étaient notables. Mais il n'apparaissait pas utile d’en trop vouloir ; il aurait fallu présenter, expliquer, etc. chacun et l'étayer ce qui allait alourdir l'histoire qui était déjà complexe.
À côté de cela, un concept important était celui de la « Protohistoire », c'est à dire la période faisant la jonction entre la « Préhistoire » et l'« Histoire », une période où l'écriture spécifique n'existe pas encore ou n'est que symbolique, incomplète et donc n'existe pas vraiment.
Si ce n'est que l'écriture ne présente aucun intérêt sur Kyklos où la communication est sémiochimique et semble difficilement associable à une symbolique dessinée dans les premiers temps. L'équivalent de notre oralité étant baptisé l'uqarpuage, il fallait impérativement diposer de techniques de mémorisation de celui-ci afin de quitter la phase de la protohistoire.
Après pas mal de recherches et d’analyses pour balayer le maximum d'éléments utiles, j’ai retenu quelques points clés qui paraissaient essentiels, préférent ignorer les autres aspects possibles :
- Le regroupement :
- en clans dans l’hémisphère nord,
- en cités (urbanisation) dans l’hémisphère sud.
- L’art :
- Rien de probant et d'utile à mettre en avant pour la civilisation du Nord.
- Peinture et dessin pour la civilisation du Sud.
- Le langage :
- Sous forme sémio-chimique pour tous les animaux sur Kyklos, le son est un composé annexe et secondaire des échanges.
- Avec transmission de savoir pour les civilisations naissantes de chaque hémisphère.
- Avec mémorisation et transmission de cette mémorisation pour ces mêmes civilisations.
- Une organisation sociale avec des « classes » et des « règles ».
- Des croyances :
- L’esprit protecteur des ancêtres pour les peuples du Nord.
- Rien de probant et d'utile à mettre en avant pour la civilisation du Sud.
Ce qui s’est traduit par la naissance de deux peuples : celui des Sanavüqs au nord et celui des Abudyes (les Sanbaïs) au sud.
S'y ajoutent alors certaines caractéristiques spécifiques détaillées dans les onglets de ces peuples...
Sur la base des 5 points indiqués (regroupement, art, langage/mémorisation/transmission, organisation sociale, croyance), le peuple des Sanavüqs a été défini ainsi :
- Regroupement : c’est celui du clan avec l’exemple du clan « Aïyho » dont est membre le « pingasut » de Klisj, Mklihis et Hanjna.
- Art : rien de significatif ni d'utile à mettre en avant, en dehors des marques réalisées par les Gratteuses sur les parois d’accès à la Grotte des Soupirs. Pour autant, les Sanavüqs se désignent comme « ceux qui savent créer, qui sont capables de fabriquer et de construire, autant que garder la mémoire des anciens et des vivants. »
- Langage :
- il est sémiochimique, les cris et vocalises ne sont qu’accessoires et complémentaires (comme nous le faisons en jouant des mains, des doigts, du regard dans nos échanges, comme les mouvements des ailes ou corporels des oiseaux, etc.)
- il est utilisé pour dialoguer avec n’importe quel membre du clan ou d’un autre clan, voire d’une autre race pour de brefs échanges (ce que Klisj, Mklihis et Hanjna vont parvenir à faire avec des Abudyes)
- il est mémorisé au sein des Xiomps qui enregistrent les souvenirs narrés par les Souffleuses ; entreposés dans la grotte des Soupirs, ils peuvent être inhalés pour en revivre ces mémoires (ce que Lukie et Maljé vont réaliser en inhalant par contact puis par le nez et la bouche le contenu de Xiomps)
- Organisation sociale :
- Classes : elles existent avec la présence des pingasuts (trio de jeunes nommés triakis), les Laidres (trio des anciens et meneurs du clan qui disposent d’un espace nommé Sina), les Souffleuses (en charge de la mémorisation des histoires du clan et de ses membres), les Gratteuses (en charge de gérer les xiomps de souvenirs créés par les Souffleuses), etc.
- Règles : elles sont définies dans les relations entre les membres, ainsi le pingasut de Klisj, Mklihis et Hanjna doit-il obtenir l’autorisation des laidres pour partir en exploration.
- Croyances : les membres disparus du clan deviennent des Ilisimavoqs que l’on invoque en tant qu’esprits bienveillants pour être aidé ou protégé ; les Souffleuses sont en charge de conserver leurs souvenirs.
Les Adubyès (prononciation de « aðüßs ») sont des Sanbaïs. Ils ont donc la forme de myriapodes avec une apparence mêlée à certaines caractéristiques des termites.
Andréa Hiers les décrits comme des « animaux sociaux » organisés en communauté sans les castes des termites (même s'il y a des ouvriers et guerriers, etc.), mais avec une hiérarchie et une organisation très poussée, ainsi que des structures décisionnelles au sein de leur cité. Celle-ci, baptisée sanbaïère par les humains, est souterraine avec des accès par trois tertres ; tout ce qui compose cette ville est relatif à des multiples de TROIS : 120° entre les entrées des tertres, nombre de « logements » multiples de 3, etc.
Sur la base des 5 points indiqués (regroupement, art, langage/mémorisation/transmission, organisation sociale, croyance), le peuple des Adubyes (c’est-à-dire de Sanbaïs) a été défini ainsi :
- Regroupement : c’est celui d’une cité organisée et complexe, avec des espaces précis, des lieux de vie, d’entreposage, etc. définis et soigneusement tracés et compartimentés. Ces cités sont baptisées sanbaïères par les humains.
- Art : de l’art pictural existe et décore l’intérieur et l’extérieur de la cité, mais reste incompréhensible pour les humains.
- Langage :
- il est sémiochimique, les cris et vocalises ne sont qu’accessoires et complémentaires (comme nous le faisons en jouant des mains, des doigts, du regard lors de nos échanges, hors de la complexification nécessaire et indispensables des langues visuo-gestuelles dont la LSF en France) jusqu'à ce qu'il y ait rencontre et échanges avec les humains. Ces derniers communiquant principalement par la parole vont être imités par les Adubyès.
- il est utilisé pour échanger avec n’importe quel membre de la cité et du clan, aussi bien qu’avec un autre clan, ainsi que de manière simplifiée avec une autre race. Il est transmissible (ce qui permet à Klisj, Mklihis et Hanjna de pouvoir rapidement échanger avec les Sanbaïs qu’ils rencontrent).
- il est mémorisé au sein des polyèdres qui enregistrent ce que l’on y insuffle. Ce contenu est transportable et stockable, au même titre qu’un écrit chez nous (le concept de courrier « postal » et de « bibliothèque » existe chez les Sanbaïs, non par l'écriture, mais par la conservation sémiochimique)
- Organisation sociale :
- Classes : elles existent au sein de la cité avec une assemblée de « citoyens » : la claustra qui débat et décide comme un sénat romain ou grec. Les anciens et décideurs sont les Hièpes dont le trio le plus importe est celui des Magistres. Il existe des ambassadeurs, les ybsins, chargés d’échanger et de négocier avec d’autres clans ou d’autres races. Les guerriers et les ouvriers forment deux autres classes distinctes (sans la rigidité des classes ouvrières et guerrières des termines sur Terre)
- Règles : elles sont définies dans les relations entre les membres durant la claustra et plus encore lors des rencontres avec les humains.
- Croyances : aucune significative et utile à mettre en avant.
