En préparant les fondations de cette aventure, une question s’est posée très rapidement : faillit-il tout inventer ou pouvait-on se raccrocher à certaines particularités de l’Univers de SysSol.
La réponse était en partie faussée par des particularités de cet univers.
L'une des plus importantes est le fait que les disparitions et réapparitions de vaisseaux dans la gueule troyenne n’ontnt pas été définies au hasard. Ainsi plusieurs navires disposaient-ils d’une histoire particulière, dont ces deux-là :
Le premier est le Piet Hein et son IA de bord Colorado, personnage clé de l’Univers.
L’équipage du navire a été déposé sur une planète dont Colorado ne se souvient ni du nom ni de la localisation et va s'en inquiéter sans cesse dans les premiers tomes.
Le second est le Marmaréen qui a disparu au cœur des trous de vers durant de très longues années et dont le retour aurait été très « mouvementé ».
Pour autant, il était impératif qu'une lectrice ou qu'un lecteur n'ait pas à connaître quoi que ce soit de SysSol pour apprécier l’histoire de Kyklos.
La décision fut au final aisée : le vaisseau qui abordait le système kyklosien serait le Marmaréen, mais tout le vocabulaire propre à SysSol serait mis de côté et inutilisé. Ainsi son apparition et son départ se produiraient non pas au travers d’une « gueule de vers », mais d’un plus classique « trou de vers ». Son voyage plus long que celui des autres navires s’expliquerait d’une part un voyage mouvementé avec une traversée inattendue et complexe d’un double trou de ver, d’autre part avec le temps passé sur Kyklos et un retour chaotique.
Quant au Piet Hein et à Colorado, ce serait une décision humaine, un choix délibéré de l’équipage qui veillerait à l’oubli par Colorado de cette planète et des raisons ayant poussé ses humains à les renvoyer en effaçant leur mémoire.
Pour l’équipage du Marmaréen, la question du nombre de ses membres a été rapidement réglée : l’histoire devait se concentrer sur Kyklos, mais avec deux contraintes. La première devait être que l’équipage n’avait pas prévu d’explorer une quelconque planète ; il ne disposait ni des moyens ni du temps pour cela. Son rôle était d’établir une cartographie des systèmes rencontrés lors des traversées spatiales des trous de vers qu’il rencontrait. Cette exploration devait donc avoir lieu de manière imprévue et fortuite, poussée par une obligation particulière. C’est là que le drame humain au sein d’un équipage réduit à 4 personnes pouvait jouer. La seconde contrainte était, elle aussi, importante de mon point de vue : comment allaient se réaliser les rencontres avec les civilisations émergeant sur Kyklos ? Celles-ci seraient-elles vivantes et existantes ou disparues, mortes ? Quels membres de l’équipage allaient les trouver, les rencontrer, peut-être les comprendre ? Comment réagiraient-ils en les découvrant et, peut-être, en échangeant avec elles ?
C’est ce qui m’a poussé à imaginer le drame et les tensions vécus par ce petit équipage.
Humains :
Ils sont au nombre de 4 : 2 adultes et 2 cadets.
- Maldus Hiers : commandant et ingénieur spatial, né en 2130, 32 ans au départ du Marmaréen, 34 ans lors de l'arrivée près de Kyklos.
Maldus signifie « celui qui porte, qui conduit la vie ». - Andréa Hiers : capitaine scientifique et commandante en second, née en 2132, 30 ans au départ du Marmaréen, 32 ans lors de l'arrivée près de Kyklos.
Andréa et Maldus sont mariés et ont décidé de porter le même patronyme. Tous deux ont postulé pour faire partie de la mission spatiographique du Marmaréen afin d'échapper à des souvenirs pénibles, lui par rapport à une catastrophe professionnelle dont il n'était pas responsable, mais où il a été pris pour cible, elle par rapport à des pertes familiales douloureuses, dont elle se sent partiellement responsable, bien que ce ne soit pas le cas.
- Lukie, cadette, née en 2148, 14 ans au départ de la mission, 16 ans et donc majeure lors de l'arrivée près de Kyklos.
- Maljé, cadet, né la même année et donc lui aussi devenu majeur en arrivant près de Kyklos.
Lukie et Maljé forment un couple fusionnel et palique (voir en bas de page) ; ils pensent et parlent comme une seule personne, en usant du pronom « nous-deux » et sont devenus incapables de dire « je » ou « tu », aussi disent-ils « nous-tous » au lieu de « nous » pour parler des 4 humains qu'ils sont. Leur vocabulaire est ainsi déformé lorsqu'ils s'identifient comme ma « sœur-moi » et mon « frère-moi », lorsqu'ils parlent de « l'un-l'une » et de « l'un-l'autre » au lieu de « l'un et l'autre », lorsqu'ils disent « notre » commandant et non « mon » commandant, ou « notre » capitaine au lieu de « ma » capitaine, comme cela se fait chez les militaires et dans l'aviation. Ce comportement les a fait surnommer les « jumeaux » par les Hiers – bien qu'ils n'aient aucun lien biologique – et provoque de fréquents conflits avec Andréa, qui les juge hypocrites et dissimulateurs par moments.
Non-Humains / IA
- Arianrod : IA pilote du Marmaréen : son nom est celui de la déesse galloise de la fécondité et de la Lune et d'une déesse guerrière celte.
Une fosse vénusienne porte son nom. - AiVan : IA scientifique du Marmaréen travaillant pour Andréa.
- Dvaïta : IA scientifique et duale travaillant souvent en symbiose avec les jumeaux.
- Samba-7 : robot-chenillard d'exploration terrestre.
Note : palique est en référence aux Paliques, dieux jumeaux, fils d'Adranos dans la mythologie sicule (ancien peuple de Sicile)
Apparition du Marmaréen dans le système de Kyklos.
À peine plus imposant que notre Soleil, l’astre brillait dans des tons d’un jaune orangé. À 2,34 ua de lui, une traînée d’astéroïdes suivait paresseusement sa route. À la périphérie de celle-ci, plus précisément à vingt et un millions de kilomètres, un orbe sombre palpitait lentement, mais demeurait invisible à cette distance, tant d’un œil vivant que de n’importe quel système d’observation artificiel. Du moins, s’il en avait existé dans ce système biplanétaire. Cela faisait quelques milliards d’années terrestres qu’ici, tout était devenu relativement immuable, presque calme au regard du cosmos. Si ce n’est qu’un changement survint sans aucun signe avant-coureur : le large disque noir commença à s’agiter doucement avant de s’emballer, comme pris de folie. Il s’agrandit alors puis se dilata dans des proportions inimaginables. Des couleurs rouge feu et bleu d’enfer apparurent à sa périphérie, d’abord légères, puis de plus en plus nombreuses en tourbillons désordonnés ; avec elle, des éclairs de plusieurs milliers de kilomètres éclatèrent dans le vide.
Peu à peu, l’orbe donna l’impression de s’épaissir et sa vibration s’accéléra. Brusquement, comme s’il n’en pouvait plus, il s’ouvrit et cracha ce qui ressemblait à une comète. Un trait noir et gris, entouré d’une lueur blanchâtre, fila selon une improbable ellipse. Dans le même temps, le disque se fragmenta et explosa en millions d’éclats d’énergie et de lumière sombres. Les astéroïdes les plus proches – à moins de cinquante millions de kilomètres – frémirent à peine, poursuivant leur course silencieuse, n’ayant rien perçu. Les scintillements s’effondrèrent et redevinrent indécelables, mais la puissance développée les projeta à plusieurs milliards de kilomètres les uns des autres. Les éclairs et les lueurs rouge et bleu diminuèrent à la façon d’un feu de brindilles trop rapidement consumé, laissant apercevoir un abîme insondable dans lequel la nuit la plus noire n’aurait jamais su paraître aussi effrayante. Débuta alors un combat silencieux des escarbilles qui s’éloignaient toujours plus, mais elles avaient perdu toute chance de survivre. Le disque disparut, ce qui n’était pas survenu depuis des époques immémoriales. La béance spatiale se referma, les abysses refluèrent tel le ressac de la mer frappant d’indécelables écueils de l’univers et le calme revint.
Soudain gommé de l’espace, le trou de ver gardait une fois de plus son mystère et son secret. Il paraissait difficile, voire impossible, que ses débris puissent se réunir ; l’attirance des uns et des autres semblait aléatoire, quand ils ne se repoussaient pas avec une force irrépressible. Bien qu’aucune civilisation technologique n’existât ici pour le mesurer, tout laissait augurer qu’il leur faudrait du temps pour y parvenir. Cela se produirait un « jour » : le disque retrouverait son intégrité et redeviendrait cette porte dantesque qui ouvrait une route vers de nouvelles étoiles, vers d’improbables systèmes stellaires.
Pour l’instant, les lueurs blanchâtres qui entouraient ce qu’il avait expulsé s’affadissaient. Lui faisant perdre son apparence de comète chevelue, elles révélèrent un objet long et cylindrique, quoique légèrement difforme. Puis elles achevèrent, elles aussi, de disparaître et la chose prit peu à peu forme et vie, se transformant en un imposant vaisseau spatial. Sa vitesse, gigantesque et proche des six cent mille kilomètres par heure, aurait pu le disloquer, mais il filait sur son erre sans même trembler. Ce n’était plus ses moteurs qui le propulsaient : ceux-ci laissaient s’estomper leur puissance et s’éteignaient, sans qu’il ne ralentisse pour autant.
Lorsqu’il commença à freiner, ce fut sous l’action de ses rétropulseurs qui se mirent en marche et gagnèrent rapidement en puissance. Dans les heures qui suivirent, sa carcasse frémit par intermittences jusqu’à ce qu’il retrouve une allure plus calme, sous la barre des trois mille kilomètres par heure. Si l’on s’était approché de lui à cet instant, il serait apparu comme une masse grisâtre, maculée de traînées sombres récupérées durant son voyage ou lors du jaillissement de ce trou de ver.
Il s’écoula de nouvelles heures sans que rien ne change ; l’appareil, qui avait légèrement infléchi sa course et longeait maintenant et à grande distance l’orbite des astéroïdes, reprit vie. Des éclats scintillèrent le long de sa coque, puis sur la partie renflée de sa proue. Avec une étonnante lenteur, les protections de ce château avant se relevèrent doucement. Elles laissèrent sourdre une lueur orangée presque semblable à celle de la lointaine étoile qui, du haut de ses deux milliards et six cent quatre-vingts millions d’années d’existence, restait indifférente à l’événement. Aussi indolente et désintéressée que les deux planètes telluriques de son système. L’une égalait le gigantisme de Jupiter, l’autre paraissait délicate comme Terre, mais aucune n’aurait pu déceler cet événement que masquait leur soleil.
Dans le vaisseau, la lueur se tamisa, des ombres apparurent.
Des êtres vivants l’occupaient vraisemblablement.
Le Marmaréen est un vaisseau d'exploration envoyé le premier octobre 2162 dans la Troyenne (trou de ver proche des Troyens, astéroïdes de Jupiter dans le système solaire).
Sa mission n'est pas de découvrir ni d'explorer des planètres, mais de cartographier les systèmes stellaires et trous de vers rencontrés durant son voyage.
Il jaillit près de Kyklos le 27/01/2164, soit 522 jours (selon la datation interne du navire) après son départ.
Son nom est en référence à plusieurs éléments :
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- Marmoréen : ayant l'apparence du marbre (couleur, froideur, etc.) et donc qui est considéré comme froid et dur.
- Marma : autre nom du groupe ethnique des Arakanais (Asie) dont le nom avait aussi donné Arcania (voir la nouvelle Arcania-Terra dans Les mondes de Quirinus).
- Marma : nom des points vitaux dans certains arts martiaux du Kerala (dont le Kalarippayatt).
Dans le roman « Les Gueules des Vers » qui débute le cycle de SysSol, il est fait référence à l'ensemble des vols qui sont envoyés au travers du trou de ver qu'est la Troyenne. Un média évoque alors le fait que la réapparition du Marmaréen a provoqué un grave problème qui n'est pourtant ni expliqué ni dévoilé.
Extrait (page 356) :
Landpésia martien – Histoire générale de SysSol.
Année 2233 UTT – Les expéditions troyennes.
Le retour particulièrement controversé, au 12 novembre 2232, du « Marmaréen », la sixième expédition que l’on croyait définitivement perdue dans l’Univers, a amené la Spatiale à réactualiser la liste des navires militaires dotés d’un équipage humain ayant plongé dans la gueule troyenne depuis sa découverte en 2128.
Vol 1 – Ephésaïus – Départ le 21-03-2135 – Considéré comme perdu.
Vol 2 – Mystery Val – Départ le 18-05-2148 – Considéré comme perdu.
Vol 3 – Pyrée de Valmor – Départ le 17-03-2159 – Retour 18-04-2186 (27 ans)
Vol 4 – Star Wolf – Départ le 8-11-2159 – Retour 22-7-2189 (30 ans)
Vol 5 – Persée X – Départ le 12-3-2160 – Retour le 2-9-2185 (25 ans)
Vol 6 – Marmaréen [mission scientifique] – Départ le 1-10-2162 – Retour le 12-11-2232 (69 ans)
Vol 7 – Ibérien – Départ le 17-10-2168 – Retour le 10-1-2183 (14 ans)
Vol 8 – Angström [mission scientifique] – Départ le 8-8-2182 – Retour le 9-10-2186 (4 ans)
Vol 9 – Ciménien – Départ le 17-3-2202 – Retour le 1-8-2203 (1 an 4 mois)
Vol 10 – Capitaine Morgan – Départ le 8-9-2204 – Retour le 12-4-2205 (7 mois)
Vol 11 – Vol de Nuit – Départ le 9-11-2205 – Retour le 21-3-2206 (4 mois)
